Nous voici, réunis autour de ce foyer, comme le dirait l’autre, ardent, dans cette demeure dont le nom du Grand Maître illumine les façades, irradie les murs intérieurs et embaume plus que toutes ces belles fleurs, cette maison, porteuse d’une page de l’Histoire de la République.
Combien de fois les planches du monde ont craquelé, se sont fendillées sous le poids de sa voix de stentor. Monsieur Douta SECK ! Lui qui a su faire applaudir à désarticuler les poignets des mains l’arrogance, la démesure et la provocation nègres face aux descendants des anciens maîtres, sous son manteau du Roi Christophe de Césaire, de feu l’aimé.
Nous voici donc, réunis dans la Maison de la Culture Douta Seck pour parler de notre enfant, en gésine, plus de vingt ans durant, qui naît entre les bras de vous, amis, parents, collègues, bienveillants voisins, distingués passionnés du Livre et de la lecture.
Le bonheur est grand ! Il est extase devant ce monde qui, est-il nécessaire de le répéter, est mien. Issa KANE, à l’Etat Civil ; Sully Prud’Homme, pour les oncles et Silli Demba pour les grand-mères ; aujourd’hui Issa KANE dit Silli Demba, signataire du roman : « Le nid et son fardeau ».
Le nid, Silli et les « Éditions de la brousse », l’harmonie est toute trouvée pour qui sait déchiffrer.
Mais que dire à ces hommes et femmes qu’ils ne sachent comme témoins de notre trajectoire dont les oscillations troubleraient la sérénité et la science du cardiologue ? À ces femmes et hommes, comme sommités transfrontalières, acceptées et respectés ?
1. je vous salue M …… ……………………….
2. je vous salue M …… ……………………….
3. je vous salue M …… ……………………….
4. je vous salue M ...…. ……………………….
5. je vous salue M …… ……………………….
Je te salue mon cher Karamokho NDIAYE, au-delà de ta personne, toute l’Equipe des « Editions de la brousse ».
Je te salue mon cher Babacar Samb DIENE (Babs) pour ton apport inestimable en habillant le roman de sa superbe couverture. Merci Grand Maître ! Merci Professeur !
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nos chers invités ! Merci pour cette présence qui honore, qui élève, qui fortifie !
Nous l’avons dit et écrit, pour notre personne, cette œuvre est juste un canal de communication, bon pour parler de notre milieu, de notre époque, bref du monde.
C’est maintenant et maintenant seulement que nous venons de nous approprier le mot de J.P. Sartre, parce que nous venons juste de le comprendre : je cite « l’écrivain est en situation dans son époque. Chaque parole a des retentissements, chaque silence aussi » fin de citation.
A l’évidence, nous n’avons pas pris le tam-tam pour nous faire entendre en rédigeant le premier paragraphe de ce livre ; nous ne nous sommes pas, non plus refugiés dans un cimentière pour ne pas voir ou entendre l’allègre déferlement de la bêtise humaine, en notre société. Nous sommes restés dans notre milieu, nous mouvant en lui, à la rencontre d’hommes et de femmes que rien nous sépare, ni le soleil qui fait suer abondamment, ni la profondeur d’une nuit qui distille le balancement des feuillages, non loin, dans le bois.
C’est notre condition d’être humain, dans une société d’humains, à qui il est demandé, exigé un comportement qui l’élève, qui le conduise dans une perpétuelle ascension vers des valeurs que rien ne peut, ne doit tarer, éroder, mutiler, oxyder ou enfouir.
Ce comportement, face au temps, il ne peut vieillir. Face à la communion ou au dialogue des cultures, il doit garder toute sa robustesse, soit pour embrasser fortement le livreur d’apports fécondants, soit pour étrangler à mort l’envahisseur colportant ses rebuts culturels.
En vérité, nous avons plus parlé à nos élites comme modèle de l’humain, dans la perspective de s’élever, de se grandir (intellectuels, religieux, économiques, politiques) puisque ces hommes et ces femmes sont des nôtres, sont les nôtres.
Vous le saviez, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, Elite est un substantif de genre féminin, dérivé de l’ancien français eslite (du latin eligere, qui donnera élu).
Vous le saviez encore, étymologiquement, le terme se rattache à l’idée d’élection, non au sens du suffrage mais à celui de l’approbation par autrui de la place détenue par quelqu’un dans la société. Comprenons que l’élite, c’est la fleur d’une société. De même que la fleur se dresse sur sa tige, l’élite entend dépasser le niveau du sol.
Naturellement, vous le saviez, à l’origine, le statut d’élite n’est pas accordé par la détention du pouvoir, mais plutôt par l’autorité morale. C’est d’ailleurs pourquoi, le terme est employé au singulier. De nos jours, il est plus courant d’évoquer les élites, le pluriel donnant une connotation négative. Ainsi, parlant des élites, ce n’est plus la qualité de l’être qui est concernée mais la domination d’une catégorie sociale sur les autres.
A n’en pas douter, vous avez compris que le roman commence par la mort. Une mort non pas physique, mais celle d’une élite, Baila son représentant ou l’un des représentants. S’il a réussi la mission que lui avait confiée sa communauté, au grand bonheur de celle-ci, c’est, à n’en pas douter, du fait de l’héritage culturel qu’il a reçu.
« Le monde s’effondre » avait dit Chinua ACHEBE, face à la transformation de l’environnement d’Okwonko. L’homme n’avait pas pu faire face aux occupants et à ses frères corrompus, les renégats, dirait-il. Okwonko finit par se donner la mort. Une élite s’en alla donc, une autre de trôner en lieu et place pour refaire ce monde, conformément aux exigences … du progrès.
Assurément, nous ne pensons point à ce format. Nous voulons, plutôt, vous confier nos craintes, nos frayeurs quant à cette élite qui, plutôt d’être « la fleur d’une société », travaille chaque jour, inlassablement, subtilement, honteusement à être la racine de manioc de sa société.
« L’Afrique noire est mal partie » avait averti une élite d’un autre continent, René DUMONT; « Et si l’Afrique refusait le développement ? », se demandait, angoissée, déçue Axelle KABOU, une autre élite, celle-là, native de notre continent. Point d’énigmes, de devinettes, « des chiffres et des lettres », de proverbes ! Tous les deux et d’autres encore désignaient les élites, au premier chef, l’intelligentsia. Une intelligentsia laudatrice, friande de confort, cupide, gloutonne, à genoux, reniant même ses enviables performances pour ne consacrer ses recherches qu’aux stratégies de réalisation de sa prompte promotion.
Karel APPEL du groupe d’artistes expressionnistes Cobra*, disait : je cite « après le coucher du soleil, les hommes de lettres, des arts et des sciences, cette élite, constitue la plus belle créature, en ce monde. Il lui est, bien entendu, refusé de parler pour louer la Reine, de peindre pour plaire au Prince et d’inventer pour donner la puissance au Roi. Ils parlent, peignent et inventent pour des hommes qu’ils ne connaîtront jamais » fin de citation.
Concernant l’écrivain, nous faisons nôtre, le mot d’Eugène IONESCO : je cite « l’écrivain pose des problèmes. C’est le message qu’il doit décemment délivrer. Il est évident que je préfère l’écrivain qui pose des problèmes à celui qui propose des solutions » fin de citation. Nous avons, certes, posé des problèmes mais de la connaissance que nous avons de nos maigres connaissances, humblement, nous nous sommes défendus de nous positionner, à fortiori de proposer des solutions.
Bien évidemment, les problèmes sont là, omniprésents, multiples. Gardons-nous de payer des honoraires à des sociologues et anthropologues pour nous décrire nos problèmes, nos misères. Quel gâchis ! Quand on voit, dit-on, on n’imagine plus. Les problèmes, nous les connaissons. Ils sont, souvent, le fait des populations ; souvent aussi, le fardeau que les élites font porter à ces mêmes populations (rappelons-nous du dialogue Faye-Diéry). Nous n’occultons pas, bien entendu, les rigueurs de l’environnement socioéconomique international. L’introspection commande que nous fassions la lecture, l’analyse de cet environnement international quand nous aurons fini de creuser des abysses dans lesquelles nous voulons plonger.
Que l’on nous comprenne bien ! Nous ne faisons point le procès des élites. Nous voulons juste leur dire ceci : « bâtissez vos châteaux en Espagne, dormez-y dans le grand confort. Au réveil, reprenez l’avion pour prendre votre café dans le meilleur salon de Dakar, lisez-y "Le Figaro", "Le Monde", "The Financial". Surtout et jamais, ne construisez une muraille entre les sangsues (comme le dit Diéry) qui vous ont élevées, promues, élues et vos bienveillantes personnes ».
Nous voulions parler des langues maternelles, les défendre comme Madame Ségolène ROYAL avec ses langues régionales. Heureusement que le temps nous est compté pour débiter nos élucubrations, nos délires !!! Nous vous renvoyons, donc, à de grands hommes et grandes dames de notre pays qui sont réputés être de grands défenseurs de ce qui ferait notre fierté au « Rendez-vous du donner et du recevoir », à moins que notre projet d’immigration avec un certain Ministère de l’Identité nationale ne nous amène à être étrangers chez nous pour préparer notre prochaine intégration … chez autrui.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous avons, aussi, implanté le cousinage à plaisanterie, à foison, dans notre œuvre : intrafamiliale, interethnique, intraethnique. C’est le seul élément de culture qu’il faudra laisser à la postérité si, par damnation, par malheur, nous nous décidions à devenir comme une certaine génération de la période coloniale, des « évolués » ou des « assimilés ». Dommage, nous voulons aller de l’avant ! Abdoulaye SADJI nous a, longuement, instruits avec « Nini ou la mulâtresse », il y’a longtemps, très longtemps !!!
Et maintenant quel sort avons-nous réservé au couple Moussa Samba – Maïram Polèle (Marie Pauline) ? Question récurrente ! Nous retiendrons seulement qu’ils se sont donnés Rendez-vous le lendemain, pour traiter de la question. Nous aussi, attendons demain, un lendemain porteur, juste, de sérénité au réveil pour aller à l’écoute de leur huis clos. Aujourd’hui, avec le fardeau que nous portons en notre nid, les obligations de performances de l’Entreprise et la recherche de solutions à nos quotidiennes entreprises, nous ne trouvons point de temps pour suivre et restituer cette palabre conjugale.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, n’est-ce pas André GIDE qui disait : je cite « jette mon livre ; dis-toi bien que ce n’est qu’une des mille postures face à la vie, trouve la tienne » fin de citation. Nous ajoutons la réflexion simple et pertinente du célèbre critique Jean Pierre RICHARD : je cite encore « chaque lecture n’est jamais qu’un parcours possible et d’autres chemins restent toujours ouverts » fin de citation.
Ceci pour vous dire que nous avons compris vos interpellations, vos questionnements. Nous ne pouvions donner que ce que nous avons eu de la nature et récolté de notre culture de haricots destinée à la consommation exclusive des « Bâ, Sow, Sall ». Convenons avec VOLTAIRE : je cite toujours « les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié » fin de citation. N’est-ce pas, mesdames, mesdemoiselles et messieurs, une autre vérité !
Pour terminer en pareille circonstance, il n’y a que la conclusion d’un devoir de rédaction d’un élève de l’Elémentaire qui traduise, à suffisance, la sincérité d’un vécu et la beauté d’une situation. Nous disons donc : « Ah ! Quel beau jour ! Si tous les jours pouvaient être toujours aussi beaux ! Ah ! Quel plaisir de revoir tous les jours ceux qu’on aime voir toujours ! ». Folle manière de terminer, mais c’est ainsi ! Fatigué, épuisé, c’est tout ce que notre inspiration torturée a pu produire après avoir porté plus de vingt ans ce fardeau dans notre tête.
- je vous remercie M………………………………….
- je vous remercie chers invités.
RV est pris dans quatre mois, avec la publication de « Pontes nocturnes », confiée cette fois à une maison d’édition française ! Au nom des liens séculaires d’amitié et de fraternité qui unissent nos deux peuples, comme nous le disent les bienveillants officiels.
* Après la Seconde Guerre mondiale, en réaction à l’abstraction ordonnée et métaphysique de Mondrian et du mouvement De Stijl, l’expressionnisme resurgit, plus informel, avec le groupe Cobra. Acronyme formé à partir de ses principaux foyers d’influence (Copenhague, Bruxelles et Amsterdam), Cobra est un groupe d’artistes expressionnistes hostiles à la tradition et aux critères conventionnels de beauté et d’harmonie dans l’art, et prônant le travail en commun. Parmi les fondateurs du mouvement, citons Cornelis Van Beverloo (dit Corneille), Constant Nieuwenhuys (Constant) et Karel Appel. Leur revue, Cobra, paraît entre mars 1949 et septembre 1951.